Raharimanana parle écriture et édition avec les écrivains mahorais

Lors de son déplacement à Mayotte à l’invitation de la compagnie Cie Ariart Théâtre Mayotte, l’écrivain et éditeur Jean-Luc Raharimanana est parti à la rencontre des écrivains mahorais. Le rendez-vous a eu lieu sous le manguier dans la cour intérieure de la Bouquinerie de Passamaïnty. Il a beaucoup été question d’écriture, d’édition et du travail à faire autour des langues locales.
Après avoir partagé son expérience d’écrivain, de dramaturge, de comédien, de metteur en scène et de directeur de collection chez Vents d’ailleurs, Jean-Luc Raharimanana a noté qu’il y a beaucoup d’excellents poètes dans la région, mais que les romans étaient souvent de moins bonne qualité, pas toujours aboutis. Ce qu’il regrette beaucoup. Il a néanmoins tempéré ses propos sur la question des genres qui est pour lui un faux problème. Il a même confié rêver de pouvoir un jour inscrire « Tantara » sur la couverture de ses publications à venir.

A noter que le dernier ouvrage de l’écrivain malgache intitulé Empreintes doit paraître aux éditions Vents d’ailleurs courant novembre 2015.

 

Rencontre entre écrivains de Mayotte et Jean-Luc Raharimanana à la Bouquinerie de Passamainty (Nassuf DJAILANI)
Rencontre entre écrivains de Mayotte et Jean-Luc Raharimanana à la Bouquinerie de Passamainty (Nassuf DJAILANI)
L'écrivain malgache Jean-Luc Raharimanana avec le romancier et dramaturge mahorais Nassur Attoumani (Nassuf DJAILANI)
L’écrivain malgache Jean-Luc Raharimanana avec le romancier et dramaturge mahorais Nassur Attoumani (Nassuf DJAILANI)
A Mayotte, Jean-Luc Raharimanana parle écriture avec une poignée d'écrivains locaux qui ont répondu présent.
A Mayotte, Jean-Luc Raharimanana parle écriture avec une poignée d’écrivains locaux qui ont répondu présent.
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Le poète Kader Mourtadhoi et l’essayiste Soula Saïd (de profil) à la Bouquinerie de Passamaînty.
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Milatsika : ce festival qui réunit tout l’océan indien au cœur de Mayotte

Soubie au festival Milatsika 2015
Soubi au festival Milatsika 2015 (Nassuf DJAILANI
Hassan Ali accompagne Boinariziki et Soubie (Nassuf DJAILANI
Hassan Ali (au Mkayambe) accompagne Boina Riziki et Soubi (Nassuf DJAILANI)

Il est près de 23h00 quand la voix de Boina Riziki résonne dans la nuit chiconienne. En cette soirée de clôture du festival, son gabussi vous caresse au plus profond de vous pour vous inviter à la danse. Sa belle voix rivalise avec celle de Soubi et son jeu endiablé au dzendzé. Au milieu des deux figures de la musique traditionnelle comorienne, il y a Hassan Ali (dans son élégant boubou violet) qui fait valser son mkayambe avant de donner le change aux deux poètes musiciens.

Dans le plateau polyvalent de la commune, près de 1500 festivaliers sont venus sur deux jours danser, chanter et vivre de beaux moments au cœur de ce village de Mayotte appelé Chiconi, que certains qualifient même de « capitale de l’ambiance ». De l’ambiance il y en a eu, notamment lors de ce concert de clôture ce samedi 17 octobre, avec le groupe comorien composé de Boinariziki et Soubi accompagné de Hassani Ali au Mkayamb.

Boinariziki envoûtant au Gabussi lors du festival Milatsika 2015
Boinariziki envoûtant au Gabussi lors du festival Milatsika 2015 (Nassuf DJAILANI)

Milatsika a lieu tous les ans cherche à « sortir des clichés folkloriques et de transcender les cadres locaux pour mettre en avant le formidable potentiel musical de la zone Océan Indien », parmi les invités les plus prestigieux, Christine Salem de La Réunion avec la préSaïd du groupe Petit Klan accompagne au chant le groupe Cabadzi (Nassuf DJAILANI)sentation de son dernier album Salem Tradition et le titre  »Sakalav » en featuring avec Moriarty extrait de son album. L’île Maurice était représenté par Ras Nininn & the cool creol. Le public a pu également découvrir « Mem’s, originaire de Madagascar, des musiciens qui décident de former un groupe en 2011, en inaugurant le début d’une belle histoire, l’une de leur meilleure proposition du très bon saléguy intitulé Meme liba qui a beaucoup fait se déhancher les festivaliers.

Le public venu nombreux pour l'édition 2015 du festival Milatsika
Le public venu nombreux pour l’édition 2015 du festival Milatsika

Milatsika réunit sur la même affiche des artistes traditionnels, du Word musique, des musiques actuelles dont certains reconnus à l’international, et de groupes acoustiques et/ou électro-acoustiques puisant aux mêmes racines, prouvant par là que les musiques traditionnelles ont toute leur place dans les musiques actuelles.

Mais Milatsika 2015, c’est aussi ce groupe nommé Cabadzi venu de Nantes, et qui a proposé une belle collaboration avec une jeune formation de musiciens de Chiconi nommée les Petits Klan, du nom de la célèbre troupe locale Klan Demba. (Klan Demba est un très beau collectif de percussionnistes et d’auteurs compositeurs bien connus dans la région, ils sont pour la plupart partis en France pour les études ou pour le travail).

Un festival organisé avec « des petits moyens » explique Del, l’organisateur du festival qui affiche un visage souriant à l’issue de cette belle édition 2015.

Saïd du groupe Petit Klan accompagne le groupe Cabadzi (Nassuf DJAILANI)
Saïd du groupe Petit Klan accompagne le groupe Cabadzi (Nassuf DJAILANI)
Le groupe Cabadzi au festival Milatsika 2015
Les percussionnistes du groupe Petit Klan accompagnant le groupe Cabadzi au festival Milatsika 2015
Le leader du groupe Cabadzi venu de Nantes pour le festival Milatsika 2015
Le leader du groupe Cabadzi venu de Nantes pour le festival Milatsika 2015

Des liens intéressants pour prolonger :

http://www.festivalmilatsika.com/

Trois romancières pour raconter une histoire de l’île Maurice avec leurs sensibilités

La 2ème édition du salon du livre de Saint-Pierre a été l’occasion pour les trois romancières mauriciennes de répondre aux questions des lecteurs venus en masse les rencontrer.

Parmi les questions qui revenaient souvent, celle de la propension des œuvres des auteures invitées à donner à lire autre chose que l’image carte postale vantant la beauté de l’île. Et la première à répondre c’est Shénaz Patel dont l’ensemble de l’œuvre est publié aux éditions de l’Olivier. Sur ce qui a motivé l’écriture de l’un de ses plus célèbre roman, elle répond par une question qu’elle s’est posée au tout début de l’écriture :

« Quelle réaction avoir, que faire dans une situation où on vous apprend un matin que vous n’avez plus le droit de rentrer chez vous, que toute votre vie que vous avez bâtis à tel endroit n’est plus possible ? Comment réagir face à un tel bouleversement ? », une question de fond qui a déclenché le point de départ du Silence des Chagos. Avec ce livre, « je voulais mettre l’histoire en mot pour la partager, une histoire géopolitique complexe qui est la déportation des chagosiens », sans chercher « à me poser comme porte parole de tel ou tel », confie encore Shenaz Patel face à ses lecteurs venus en masse.

La romancière Shénaz Patel au Salon du livre Athéna 2015

« A chaque livre, j’apprends à la fin ce que je cherchais, c’est l’un de mes grands bonheur d’écrivaine » Nathacha Appanah

A un lecteur qui lui demande ce qui motive son écriture, Nathacha Appanah confie : « A chaque roman j’essaie de répondre à une question très personnelle. Avec Les rochers du poudre d’or, je voulais parler de l’arrivée des engagés à Maurice, comme s’il fallait que je sois en paix avec les questions liées à cette histoire (celle de l’arrivée de 5 indiens à Maurice dans le roman), compte tenu de mes origines indiennes, avant d’écrire sur autre chose ». Le dernier frère, a été  un projet plus long par rapport à mon précédent livre et qui a pour point de départ ma découverte des 126 tombes au cimetière juif à Maurice. Le fait de l’apprendre tardivement m’a beaucoup choqué parce qu’à l’école, on ne m’a jamais parlé des juifs à Maurice. C’est au moment de mes études en France que j’ai mesuré la place de l’Histoire de la seconde guerre mondiale. Du coup, je ne pouvais pas ne pas raconter cette histoire, et je l’ai écrite du point de vue de mon ignorance. Une histoire à la hauteur d’un enfant de 9 ans. Et l’une de mes grandes satisfaction c’est de me rendre compte que les gens peuvent aujourd’hui se rendre à Maurice pour rendre hommage à ces morts ».

La romancière Natacha Appanah au Salon du livre Athena 2015
La romancière Nathacha Appanah au Salon du livre Athena 2015

Est-ce que la voix, c’est la chose la plus importante dans votre écriture ?

La romancière Ananda Devi lors d'une rencontre avec les lecteurs au Salon du livre de Saint-Pierre
La romancière Ananda Devi lors d’une rencontre avec les lecteurs au Salon du livre de Saint-Pierre

« Oui la question de la voix est très importante quand j’écris. Par exemple, la musique de Joséphin le fou m’est venue un jour où j’étais alitée à cause d’une grosse migraine et les phrases me sont venues comme ça après plusieurs versions de mon manuscrit. Et ça a donné ce livre agrammatical, et dans lequel j’ai beaucoup travaillé sur la forme. Oui la forme de mes livres m’importent beaucoup. Avec Eve de ses décombres, je pensais à l’origine écrire un poème, c’est pour cela que ce roman a cette forme là, poétique ».

La place de l’Histoire dans les œuvres de fiction

« Quand on prend nos trois romans respectifs, explique Ananda Devi, j’ai l’impression que les romanciers ont remplacés les historiens », tout simplement parce que « notre histoire n’est pas racontée. Ce sont les écrivains qui viennent combler ce vide, à raison parce qu’il y a un grand silence sur notre Histoire ».

Shénaz Patel tempère un peu cet enthousiasme de sa consœur : « je crois qu’il faut faire attention à ne pas confondre les rôles, pour moi les écrivains ne sont pas comptables de l’Histoire ». C’est vrai que Le silence des Chagos raconte une période pas très glorieuse de l’île Maurice, et ce que j’écris n’est pas toujours très bien perçu à Maurice, mais ce n’est pas mon souci, je pense que j’écris parce que je ne suis pas satisfaite de ce que je vis à Maurice, je ne cherche pas forcément à écrire des choses contre Maurice, mais je ne veux pas non plus faire la promotion de l’île comme le ferait un office de tourisme par exemple ».

La question du style

« Je crois qu’un livre, c’est d’abord une langue, au départ c’est une phrase qui passe dans ma tête. Ce sont ensuite des couches et des couches qui se forment, et à un moment donné, ça prend, ça s’organise. L’histoire que j’ai, fini par s’écrire, grâce à des voix, les histoires me viennent ainsi », explique Shénaz Patel.

Pourquoi cette omniprésence de la violence dans la littérature mauricienne ?

« Là-dessus, je crois qu’il y a un consensus sur le fait de dire que le non-dit est très présent à Maurice et c’est la raison pour laquelle il y a tant de violence chez les gens, et cela se retrouve dans nos productions littéraires, c’est comme ça », rapporte Ananda Devi.

« Cette violence », ajoute Shénaz Patel, « avait atteint un sommet en 1999, avec la mort de Kaya », elle poursuit à ce propos en faisant référence à Jean-Marie Le Clézio qui disait lors de la remise du Prix Fanchette en 1999, que « cette violence était déjà présente dans les textes parus en 1998 », comme si les écrivains avaient prédit ce qui allait se passer.

Sur l’usage du créole, de la nécessité de l’écriture dans cette langue ?

« D’abord on a la liberté d’écrire sur ce qu’on veut, dans la langue que l’on veut », rappelle Nathacha Appanah (qui publie En attendant demain chez Gallimard en 2015).  Et puis il faut dire que « l’écriture en créole est un combat, car le créole est la langue de près de 80% des mauriciens et le paradoxe c’est de recevoir les cours à l’école en Anglais », précise Shénaz Patel. Il faut aussi dire que « le créole n’est pas une langue inférieure, et qu’il y a beaucoup de travail de fait sur le créole mauricien. Il faut citer Dev Virahsawmy qui a traduit tout Shakespeare en créole. Car toute la question est de savoir comment exprimer de l’émotion en créole. Un enfant valorisé dans sa langue maternelle est mieux épanouie. J’ai moi-même traduit En attendant Godot en créole mauricien. ça s’apprend le créole, il y a une graphie créole, il y a des manuels, un dictionnaire unilingue à Maurice, il y a des expériences intéressantes, mais il faut savoir aussi qu’il faut du temps », conclue l’auteure de Sensitive, Shénaz Patel.

Propos recueillis par Nassuf Djailani

Trois romancières pour raconter une histoire de l’île Maurice avec leurs sensibilités

La 2ème édition du salon du livre de Saint-Pierre a été l’occasion pour les trois romancières mauriciennes de répondre aux questions des lecteurs venus en masse les rencontrer.

Parmi les questions qui revenaient souvent, celle de la propension des œuvres des auteures invitées à donner à lire autre chose que l’image carte postale vantant la beauté de l’île. Et la première à répondre c’est Shénaz Patel dont l’ensemble de l’œuvre est publié aux éditions de l’Olivier. Sur ce qui a motivé l’écriture de l’un de ses plus célèbre roman, elle répond par une question qu’elle s’est posée au tout début de l’écriture :

« Quelle réaction avoir, que faire dans une situation où on vous apprend un matin que vous n’avez plus le droit de rentrer chez vous, que toute votre vie que vous avez bâtis à tel endroit n’est plus possible ? Comment réagir face à un tel bouleversement ? », une question de fond qui a déclenché le point de départ du Silence des Chagos. Avec ce livre, « je voulais mettre l’histoire en mot pour la partager, une histoire géopolitique complexe qui est la déportation des chagosiens », sans chercher « à me poser comme porte parole de tel ou tel », confie encore Shenaz Patel face à ses lecteurs venus en masse.

La romancière Shénaz Patel au Salon du livre Athéna 2015

« A chaque livre, j’apprends à la fin ce que je cherchais, c’est l’un de mes grands bonheur d’écrivaine » Nathacha Appanah

A un lecteur qui lui demande ce qui motive son écriture, Nathacha Appanah confie : « A chaque roman j’essaie de répondre à une question très personnelle. Avec Les rochers du poudre d’or, je voulais parler de l’arrivée des engagés à Maurice, comme s’il fallait que je sois en paix avec les questions liées à cette histoire (celle de l’arrivée de 5 indiens à Maurice dans le roman), compte tenu de mes origines indiennes, avant d’écrire sur autre chose ». Le dernier frère, a été  un projet plus long par rapport à mon précédent livre et qui a pour point de départ ma découverte des 126 tombes au cimetière juif à Maurice. Le fait de l’apprendre tardivement m’a beaucoup choqué parce qu’à l’école, on ne m’a jamais parlé des juifs à Maurice. C’est au moment de mes études en France que j’ai mesuré la place de l’Histoire de la seconde guerre mondiale. Du coup, je ne pouvais pas ne pas raconter cette histoire, et je l’ai écrite du point de vue de mon ignorance. Une histoire à la hauteur d’un enfant de 9 ans. Et l’une de mes grandes satisfaction c’est de me rendre compte que les gens peuvent aujourd’hui se rendre à Maurice pour rendre hommage à ces morts ».

La romancière Natacha Appanah au Salon du livre Athena 2015
La romancière Nathacha Appanah au Salon du livre Athena 2015

Est-ce que la voix, c’est la chose la plus importante dans votre écriture ?

La romancière Ananda Devi lors d'une rencontre avec les lecteurs au Salon du livre de Saint-Pierre
La romancière Ananda Devi lors d’une rencontre avec les lecteurs au Salon du livre de Saint-Pierre

« Oui la question de la voix est très importante quand j’écris. Par exemple, la musique de Joséphin le fou m’est venue un jour où j’étais alitée à cause d’une grosse migraine et les phrases me sont venues comme ça après plusieurs versions de mon manuscrit. Et ça a donné ce livre agrammatical, et dans lequel j’ai beaucoup travaillé sur la forme. Oui la forme de mes livres m’importent beaucoup. Avec Eve de ses décombres, je pensais à l’origine écrire un poème, c’est pour cela que ce roman a cette forme là, poétique ».

La place de l’Histoire dans les œuvres de fiction

« Quand on prend nos trois romans respectifs, explique Ananda Devi, j’ai l’impression que les romanciers ont remplacés les historiens », tout simplement parce que « notre histoire n’est pas racontée. Ce sont les écrivains qui viennent combler ce vide, à raison parce qu’il y a un grand silence sur notre Histoire ».

Shénaz Patel tempère un peu cet enthousiasme de sa consœur : « je crois qu’il faut faire attention à ne pas confondre les rôles, pour moi les écrivains ne sont pas comptables de l’Histoire ». C’est vrai que Le silence des Chagos raconte une période pas très glorieuse de l’île Maurice, et ce que j’écris n’est pas toujours très bien perçu à Maurice, mais ce n’est pas mon souci, je pense que j’écris parce que je ne suis pas satisfaite de ce que je vis à Maurice, je ne cherche pas forcément à écrire des choses contre Maurice, mais je ne veux pas non plus faire la promotion de l’île comme le ferait un office de tourisme par exemple ».

La question du style

« Je crois qu’un livre, c’est d’abord une langue, au départ c’est une phrase qui passe dans ma tête. Ce sont ensuite des couches et des couches qui se forment, et à un moment donné, ça prend, ça s’organise. L’histoire que j’ai, fini par s’écrire, grâce à des voix, les histoires me viennent ainsi », explique Shénaz Patel.

Pourquoi cette omniprésence de la violence dans la littérature mauricienne ?

« Là-dessus, je crois qu’il y a un consensus sur le fait de dire que le non-dit est très présent à Maurice et c’est la raison pour laquelle il y a tant de violence chez les gens, et cela se retrouve dans nos productions littéraires, c’est comme ça », rapporte Ananda Devi.

« Cette violence », ajoute Shénaz Patel, « avait atteint un sommet en 1999, avec la mort de Kaya », elle poursuit à ce propos en faisant référence à Jean-Marie Le Clézio qui disait lors de la remise du Prix Fanchette en 1999, que « cette violence était déjà présente dans les textes parus en 1998 », comme si les écrivains avaient prédit ce qui allait se passer.

Sur l’usage du créole, de la nécessité de l’écriture dans cette langue ?

« D’abord on a la liberté d’écrire sur ce qu’on veut, dans la langue que l’on veut », rappelle Nathacha Appanah (qui publie En attendant demain chez Gallimard en 2015).  Et puis il faut dire que « l’écriture en créole est un combat, car le créole est la langue de près de 80% des mauriciens et le paradoxe c’est de recevoir les cours à l’école en Anglais », précise Shénaz Patel. Il faut aussi dire que « le créole n’est pas une langue inférieure, et qu’il y a beaucoup de travail de fait sur le créole mauricien. Il faut citer Dev Virahsawmy qui a traduit tout Shakespeare en créole. Car toute la question est de savoir comment exprimer de l’émotion en créole. Un enfant valorisé dans sa langue maternelle est mieux épanouie. J’ai moi-même traduit En attendant Godot en créole mauricien. ça s’apprend le créole, il y a une graphie créole, il y a des manuels, un dictionnaire unilingue à Maurice, il y a des expériences intéressantes, mais il faut savoir aussi qu’il faut du temps », conclue l’auteure de Sensitive, Shénaz Patel.

Propos recueillis par Nassuf Djailani

ACTUALITES : SALON DU LIVRE ATHENA 2015

Ananda Dévi rencontre des scolaires au Salon Athéna, thème du jour : la violence dans ses oeuvres

« Pourquoi tant de violence dans vos œuvres? » c’est à cette question que la romancière mauricienne Ananda Devi a tenté de répondre lors de la 2ème édition du Salon du livre Athéna à Saint-Pierre à La Réunion. La romancière commence d’abord par raconter la genèse de son roman Eve de ses décombres qui a pour cadre un quartier de l’île Maurice, son île natale. Un quartier dans lequel elle a décidé de poser sa table d’écrivain pour observer cette société saturée de violence, pour tenter de comprendre. C’est l’histoire de 4 jeunes (deux filles et deux garçons) qui habitent un quartier imaginaire qu’elle a baptisé « Trou marron », et la romancière « voulait raconter leur histoire de l’intérieur », parce que pour elle « chaque roman tente de répondre à la question pourquoi ». « C’est un peu le rôle de l’écrivain, d’être un peu caméléon, de se transformer, de suivre un personnage et tenter de voir jusqu’où il peut aller ». « Avec le Sari vert, j’ai fait parler ce vieillard  mourant très violent qui vit avec sa fille et sa petite fille », une histoire que « m’a racontée ma mère enfant et qui m’a poursuivie, j’ai voulue comprendre cette explosion de violence chez cet homme ». Pourquoi cet accès de violence ? Pourquoi tous ces romans mettent en scène cette noirceur ?

« C’est par l’écriture que je parviens à comprendre les Hommes »

« A Maurice on est un peu dans un silence coupable notamment des violences conjugales » et « pour moi c’est par l’écriture que je parviens à le comprendre ». « On a ce mythe de Maurice, île douce, paradisiaque, mais on ne se rend pas compte de ce qu’il y a en dessous, c’est pour cela que quand ça explose, cela se passe de façon excessivement violente ». « Mon premier livre publié parlait de la prostitution, un livre dans lequel j’ai pris le parti de dire « je », un livre paru en Côte d’Ivoire dans les années 80 et le distributeur mauricien de l’époque a refusé de faire venir le livre à Maurice par peur de choquer les lecteurs ». « En apparence le Mauricien est très souriant mais à l’intérieur ça bout ».

Dans quelle langue dire, parler de cette violence ?

Dans Eve de ses décombres « je me suis posé la question de savoir si j’adopte le langage parler des banlieues, mais je me suis rendue compte que ça aurait été une langue artificielle qui serait passée de mode puisque le langage évolue, alors j’ai préféré le langage intérieur des personnages qui est universel pour dire ce que ressentent ces gens, ces personnages ».

Nassuf Djailani

A signaler la parution de son recueil de nouvelles :

L’ambassadeur triste

Collection Blanche, Gallimard
Parution : 05-03-2015
Ananda Devi invitée du Salon du livre Athéna 2015.
Ananda Devi invitée du Salon du livre Athéna 2015.
Ananda Devi devant une classe au Salon du livre Athena à Saint-Pierre
Ananda Devi devant une classe au Salon du livre Athena à Saint-Pierre

Des liens intéressants pour poursuivre :

http://www.rfi.fr/hebdo/20150403-litterature-inde-ananda-devi-entre-chagrin-pitie-ambassadeur-triste

http://www.rts.ch/espace-2/programmes/entre-les-lignes/6684802-entre-les-lignes-du-22-04-2015.html#6684801


Mohamed Toihiri et son école du Bangano à Saint-Pierre

Le romancier comorien Mohamed Toihiri fait parti des invités prestigieux de la 2ème édition du Salon du livre Athéna 2015 qui se déroule dans la ville de Saint-Pierre. Il était devant une classe pour parler de l’une de ses dernières pièces de théâtre L’école de Bangano parue aux éditions Klanba.

« L’Ecole de Bangano est une institution où l’on apprend à terrasser son adversaire par le seul pouvoir de la parole. On y voit, tour à tour, s’inscrire une jumelle désireuse de flétrir sa sœur devenue sa rivale, une amante pour démolir l’épouse, le héraut de l’opposition souhaitant, grâce au verbe, devenir le héros du parti au pouvoir. Au fil des scènes, la pièce découvre la vilenie de l’âme humaine. Romancier, auteur de plusieurs pièces de théâtre, Mohamed Toihiri, en faisant de la parole, sinon le personnage, du moins l’élément central de sa nouvelle pièce, renoue avec l’origine du théâtre.   »

Extrait de l’oeuvre :

« En voilà une affaire qui marche. Qui aurait dit que dans un pays dit musulman, une école de la dispute aurait marché ? La sunna dit plutôt qu’il faut tout faire pour réconcilier deux croyants qui se sont disputés. Chez nous on fait exactement le contraire. On rapporte, on colporte, on médit, et on attise. La haine est finalement la chose la mieux partagée par les êtres humains »

Mohamed Toihiri devant une classe au Salon du livre Athena à Saint-Pierre
Mohamed Toihiri devant une classe au Salon du livre Athena à Saint-Pierre
Mohamed Toihiri devant une classe au Salon du livre Athena à Saint-Pierre 2015
Mohamed Toihiri devant une classe au Salon du livre Athena à Saint-Pierre 2015

La romancière Michèle Rakotoson au salon Athéna avec Tovonay

Il est 8h30 sur le front de mer de Saint-Pierre. Une brise caresse les peaux des festivaliers qui vont et viennent dans les stands des libraires. Les bruits des vagues au loin rythme les lectures qui s’engagent lors des rencontres avec les scolaires. La première à donner de la voix, c’est Michèle Rakotoson.

La romancière malgache est l’invitée de la 2ème édition du salon du livre Athéna 2015 qui se déroule du 8 au 11 octobre dans le sud de La Réunion à Saint-Pierre. Devant une classe, elle propose une lecture de l’un de ses derniers roman Tovonay qui raconte la vie d’un enfant malgache qui se bat pour vivre à Madagascar auprès de sa grand-mère bienveillante et pleine de conseils.

En lisant, « j’ai eu l’impression d’être Tovonay« , lance un jeune dans l’assistance. « La meilleure des récompenses pour un écrivain » confiera émue Michèle Rakotoson à l’issue de la rencontre.

Nassuf DJAILANI

La romancière Michèle Rakotoson en pleine lecture de Tovonay
La romancière Michèle Rakotoson en pleine lecture de Tovonay
Michèle Rakotoson en pleine lecture
Michèle Rakotoson en pleine lecture

A propos de Tovonay

Petit roman initiatique à structure narrative très simple et au style dépouillé à l’excès, sans surprise rhétorique.

Une famille malgache doit abandonner son village que le père de famille, Reboza, a eu à quitter en premier pour aller travailler dans les mines de saphirs, et espérer mieux survivre. Encouragée par Endre, sa belle-mère, Ravo avec son fils aîné Tovonay âgé d’une dizaine d’années, et Vahinala, la petite sœur de quelques mois, débarque à Antananarive. Le narrateur omniscient nous décrit les tribulations de cette famille, avec un Tovonay propulsé malgré lui dans la vie d’adulte car il doit jongler avec ses études et son rôle de jeune chef de famille qui doit seconder sa mère à la santé fragile. Accueilli par quelques âmes charitables qui vont l’aider à se tirer d’affaires, le trio végète dans la grande ville jusqu’au retour du père qui rapporte quelques économies et l’idée fixe de se réinstaller au village.

« Michèle Rakotoson, en dénonçant l’exode rural, dénonce aussi la vie misérable des laissés- pour-compte dans la grande ville et l’incurie de la classe dirigeante. Le roman se termine sur une note d’espoir car Reboza veut que son fils poursuive ses études et accomplisse ainsi son rêve de devenir médecin ! »

Lu sur le site de l’association pour la promotion des arts et des cultures d’Afrique.

Tovonay, l’Enfant du Sud
Michèle Rakotoson
Roman
Éditions Sépia
ISBN 978-2-84280-159-5, mars 2010, 128 p.