« La poésie ne saurait être du seul ressort des poètes, elle est l’affaire de tous »

Dans un grand entretien consacré à Mia Couto par la revue PROJECT-îles, le poète, romancier mozambicain  nous parle longuement de l’écriture, de son univers, de ses obsessions, de poésie. Un entretien que vous retrouverez dans son intégralité dans la version papier du dernier numéro de la revue PROJECT-îles, réalisé avec l’aide de sa traductrice en France, Elisabeth Monteiro Rodrigues et du journaliste et poète mozambicain Rogério Manjate.

Extrait :

« PROJECT-ILES : La poésie est fondamentale dans votre oeuvre, comment expliquer un tel appétit de poésie chez vous? Vous avez déclaré dans un entretien au courrier international du 26 mai 2013, que la poésie vous avait donné une patrie », vous pourriez nous expliquer cela ?

Mia Couto : La poésie n’est pas uniquement un genre littéraire. On l’a reléguée à un statut coupé de la vie. Mais la poésie est une forme de connaissance et de langage symbolique qui a été dévalorisée avec l’hégémonie d’une vision mécaniciste du monde. La poésie ne saurait être du seul ressort des poètes. Elle est l’affaire de tous. »

 

 

 

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A noter que son dernier ouvrage (traduit en français) est un très beau roman intitulé La confession de la lionne, éditions Métailié.

 

 

 

Dans ce même numéro vous trouverez également un texte lumineux que Mia Couto a donné lors de la conférence d’Estoril intitulé « Murer la peur », un texte publié également depuis aux éditions Chandeigne à Paris, dans une version bilingue.

 

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En mai 2011, Mia Couto a été invité aux Conférences d’Estoril (Lisbonne), dont le but est de susciter des débats internationaux sur les défis de la globalisation. Seul homme de lettres invité, Mia Couto intervient en lisant un texte sur l’instrumentalisation la peur. Cette conférence était contemporaine de l’intervention d ’une force armée internationale en Lybie.

 

La revue PROJECT-ILES est disponible dans toutes les bonnes librairies :

Chez Présence Africaine à Paris

A la libraire Portugaise et Brésilienne (Chandeigne) à Paris

Chez Pages et Plumes à Limoges

A la librairie Gérard à Saint-Denis de La Réunion

A la Bouquinerie de Passamainty à Mayotte et Anjouan

A la Maison des livres à Mayotte

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Ce que Punk islands n’est pas

Réponse à l’article de Soeuf Elbadawi publié le 11 mai 2016 dans Africultures (http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=13620#comment) intitulé No future land à propos du dernier album de Mtoro Chamou, Punk islands.

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Qui es-tu Soeuf pour distribuer les bons et les mauvais points en matière de « comorianité » ? Qu’est-ce qu’il t’a fait Mtoro Chamou ? De quoi est-il coupable pour mériter un tel torchon dans les colonnes d’Africultures ? Soeuf Elbadawi tu aimes bien donner des coups de griffes, sans accepter d’en recevoir, mais souffre un instant qu’on te rappelle quelques vérités.

Tu prétends parler au nom des Comoriens, en interdisant aux autres de le faire sans tomber sous tes coups de griffes. Tu te sers des colonnes d’Africultures pour t’ériger en détenteur de droit divin du privilège de parler des Comores.

Tu nous hurles assez dans les oreilles tes phrases pleines de postillons pour nous reprocher -toujours des reproches- de ne pas être assez comorien, pour nous faire le reproche inverse aujourd’hui.  Seulement t’arrive-t-il de te regarder Soeuf et de faire ton propre examen de conscience. Tu vis à l’année à Paris, tu cours les subventions de la France, après tu viens faire la leçon. Ton article est méchant, d’une méchanceté gratuite à l’égard de Mtoro Chamou et accessoirement à mon endroit. Mais j’ai l’habitude. Rien de ce qui sort de Mayotte ne trouve grâce à tes yeux. Il faut se faire une raison.

Tu sembles pointer le symptôme, toi le psychiatre en chef, héritier de Fanon. Tu nous parles de notre schizophrénie mahoraise. Tu as raison, nous sommes habités par une certaine forme de schizophrénie, mais je suis désolé de te dire que tu pointes dans ton article ta propre schizophrénie. Relis-toi ça te fera du bien. Tu nous voudrais comoriens, tu voudrais que nous l’assumions, que nous l’écrivions, que nous le vivions, que nous le chantions. C’est ce que nous ne cessons de faire. Seulement, nous le faisons mal, c’est ton droit de le penser, nous n’en pensons pas moins à ton égard.

Comoriens nous sommes, et ne cesserons de l’être. Tu as le droit de ne pas le croire. Mais nous sommes nés à un endroit qui s’appelle l’archipel des Comores, voilà la vérité. Comoriens nous sommes, oui et nous ne cesserons de l’être quelque aient été les comportements ou les attitudes de nos parents ou grands parents au moment des indépendances.

Comoriens nous sommes, et ne cesserons de l’être. Mais l’histoire, notre histoire est là, elle est complexe, faut-il cher Soeuf que nous triions dans notre histoire pour n’en garder que la part noble -la comorienne, et nous désaliéner de la part coloniale. Sans doute, et la tâche est dure, mais c’est tout le projet artistique, et le projet de vie tout court. Etre homme, au milieu des autres hommes, avec cette particularité d’être d’un lieu et d’affronter le réel avec cet héritage. Mais j’ai envie d’ajouter que j’ai envie de cesser d’être prisonnier de l’histoire des autres.

Nous sommes coupables de quoi ?

D’abord, il faut comprendre que le Mahorais n’est pas un être à part, c’est un être riche de toutes les identités qui le composent. Comorien il est, Français il est devenu parce que l’histoire l’y a fourré dans cette aventure, mais il ne cesse pas d’être comorien, c’est ma conviction. La question que tu poses c’est est-il légitime pour le mahorais de parler des Comores, de fonder une œuvre artistique avec le réel comorien ? J’ai envie de dire que ce n’est pas à toi d’en décider, même si tu ne te gênes pas de critiquer et de démolir des œuvres et c’est ton droit absolu de chroniqueur.

Tu écris que je me suis laissé présenter comme auteur comorien, pour que mes textes aient une meilleure audience ? Qu’est-ce que tu en sais ? Tiens-tu un registre à la sortie des librairies et des bibliothèques pour savoir qui des Comoriens et des non-comoriens me lisent ? En tous cas, je t’avoue que je n’ai pas ce pouvoir là.

Oui, nous avons écrit au Président Français pour l’alerter de la démission de l’Etat à protéger les « étrangers » à Mayotte, mais détrompe toi les « étrangers » à Mayotte ne sont pas que les frères originaire du reste de l’archipel. Oui, nous estimons qu’il était de notre devoir de le faire. Mais là j’imagine n’est pas ce qui t’intéresse. Tu voudrais que nous cessions d’être schizophrènes et que nous hurlions avec les loups pour exiger l’expulsion « des clandestins ». Non, on ne peut pas te penser aussi cynique. Tu aurais préféré que nous écrivions au président colon français, que nous les comoriens de Mayotte n’acceptions pas que nos frères soient brutalisés. Rends-toi compte Soeuf que tu fais preuve d’une naïveté affligeante. La situation n’est pas aussi manichéenne. Viens vivre la réalité quotidienne des Comoriens pas seulement à Moroni, mais à Mitsoudjé, dans le Nyumakélé, à Fomboni, pas seulement à Mamudzu mais dans l’intérieur des terres à Kani Kéli, à Poroani, à Barakani par exemple. Viens vivre cette réalité avant de parler, avant de distribuer des droits de parler aux uns et aux autres.

Punk islands, puisque c’était le prétexte pour mener une attaque en règle contre mon travail et contre la carrière de Mtoro Chamou, est un très bel album avec des textes forts. Et si nous avons compris que tu n’as pas été séduit, nous avons le droit d’aimer l’album et de danser dessus. Nous t’invitons à nous rejoindre dans le cercle si nous ne sommes pas trop indignes d’être comoriens.

Nassuf Djailani