La romancière et journaliste Faïza Soulé, l’objet de menaces récurrentes aux Comores

Notre ami romancière et journaliste, Faïza Soulé Youssouf fait l’objet de nombreuses menaces de la part du Ministre de l’intérieur comorien depuis le référendum du 30 juillet 2018. Faïza Soulé a été rédactrice en chef du journal d’Etat Al-watwan, elle est correspondante de la rédaction radio de Mayotte 1ère. L’objet de la colère du Ministre de l’Intérieur comorien : un « live Facebook » réalisé par notre consoeur, suite à l’agression d’un gendarme qui a eu la main tranchée dans un bureau de vote de Moroni. Quelques jours auparavant, elle avait écrit un article intitulé « le référendum de tous les dangers » dans le journal Le Monde.

Pour ces faits,  le ministre comorien de l’intérieur a annoncé sur l’ORTC, la chaîne de télévision comorienne, la volonté du gouvernement de l’Union des Comores de porter plainte contre la journaliste pour « atteinte à l’image des Comores ».
Les confrères journalistes de la région, soucieux des libertés humaines et de la liberté de la presse se mobilisent pour apporter leur soutien.
Le comité de journalistes s’est attaché les services de plusieurs avocats pour défendre Faïza Soule Youssouf et le travail des journalistes comoriens.
Parmi ces défenseurs du droit : Me Fatima Ousseni et Nadjim Ahamada du barreau de Mayotte, Me Faïzat Said Bacar du barreau de Moroni, ainsi que Mihdhoire Ali et Jean Jacques Morel du barreau de Saint Denis de la Réunion (selon Réunion 1ère).

Nous lui renouvelons ici notre soutien total dans cette dure période qu’elle traverse. Nous republions un entretien avec la romancière, publié en 2016 dans la revue papier (consacré à la littérature réunionnaise). Il est question de son premier roman Ghizza (éditions Coelacanthe).

Faïza Soulé Youssouf

soutien Faiza

PROJECT-ILES : D’abord, est-ce que vous pourriez nous parler de vous de votre entrée en littérature ? Qu’est-ce qui a déclenché ce besoin d’écrire ?

Faïza Soulé Youssouf : J’ai toujours su que j’allais écrire un jour. Maintenant, s’il faut un déclencheur, je dirais que c’est Touhfate Mouhtare qui m’a permis de me jeter à l’eau. Du jour où j’ai su qu’elle avait publié Âmes suspendues, aux éditions Cœlacanthe, j’ai commencé à écrire. Un besoin frénétique d’écrire s’est emparé de moi. Je ne savais pas sur quoi j’allais écrire, le plus important était que je le fasse. J’ai écrit une phrase. Puis, deux et ainsi de suite. La nouvelle est devenue un roman. Et le roman s’appelle Ghizza.

PROJECT-ILES : Vous êtes avec Coralie Frei, Touhfat Mouhtare, ou encore Fatiha Radjabou, l’une des rares premières femmes romancières aux Comores. Aviez-vous écrit en tant que femme comorienne qui a des choses à dire sur sa société.

Faïza Soulé Youssouf : Je ne me considère pas comme une femme ayant des choses à dire. Je suis une citoyenne qui a des choses à dire. J’aurais très bien pu être un homme. Ce que je fais ne s’articule pas autour du fait que je sois une femme, je le fais parce que je suis originaire de ce pays et qu’il est une source d’inspiration permanente pour moi, source de frustration, source de joie, de peine. Maintenant, il est certain que la femme aurait plus à gagner si elle s’émancipait mieux. Ce serait un plus, si les femmes écrivaient plus. Guerroyaient plus. Revendiquaient plus. Le combat pour l’émancipation de la femme s’est perdu en chemin. J’ai presque envie de parler de posture de circonstance. Je me trompe peut-être mais toujours est-il qu’il n’y a pas, 40 ans après l’indépendance, une leader qui a su s’imposer tout au long des années. Nous nous contentons de ce que nous avons, c’est-à-dire des miettes, et c’est bien dommage. Les femmes « fortes » se sentent obligées de se cacher derrière leur mari, pour ne pas les offenser ou leur faire de l’ombre…

PROJECT-ILES : Vous dites que le pays est une source d’inspiration permanente pour vous, mais quand on lit votre roman, ressortent une difficulté/un refus à/de nommer ce pays, cet espace comorien et à se nommer (s’agissant de la narratrice). On a l’impression que le refus des valeurs promues par la société de votre narratrice est consubstantiel à cette difficulté/ce refus à/de nommer, se nommer. Partagez-vous cette lecture ?

Faïza Soulé Youssouf : Je voulais raconter l’histoire d’une fille pommée, peu importe l’endroit d’où elle est issue, le plus important est qu’elle soit pommée. Je n’ai pas déterminé un espace géographique bien défini par choix. Ce n’est ni une difficulté ni un refus mais un choix. Je me dis que son histoire pourrait être similaire à des milliers d’autres histoires, ici comme ailleurs. C’est un choix que j’assume pleinement. Et ce refus n’est pas orienté par le refus des valeurs de la société, non. C’est plus le refus « du carcan ». C’est une femme du monde, à quelques exceptions près. Elle pourrait être somalienne, irakienne, afghane, nigérienne.

PROJECT-ILES : Est-ce que vous lisez les auteurs femmes de l’océan Indien ? On pense notamment à Ananda Dévi, Nathacha Appanah, Coralie Frei, Touhfate Mouhtare, Michèle Rakotoson, ou d’autres auteures dont vous souhaitez nous parler.

Faïza Soulé Youssouf : Non. J’ai longtemps cherché celui de Touhfate Mouhtare durant un moment, ensuite j’ai renoncé. Je vais de nouveau partir à sa recherche. Elle a une plume…

PROJECT-ILES : Et, est-ce que les œuvres des auteures vous importent-elles particulièrement ? Est-ce que vous pouvez nous en parler ?

Faïza Soulé Youssouf : Non, je lis ce que je trouve aux Comores. Et notre pays n’est pas connu pour « sa politique culturelle ». Donc, je lisais tout ce que je trouvais. Femmes ou hommes, je lis un peu de tout, peu importe. Maintenant oui, j’aime Toni Morrison, tout comme j’aime Amin Maalouf. J’aime Nothomb comme j’aime Yasmina Khadra. Balzac comme Gavalda. Je n’ai lu qu’un livre d’Henri Troyat, Faux jour, qui m’a beaucoup impressionnée. Tout comme La petite fadette ou La Princesse de Clèves. Je ne lis pas « par genre » mais par coup de cœur. Arrêtez de vouloir tout lier à la parité, au genre.

PROJECT-ILES : Est-ce que vous pourrez nous parler de vos influences littéraires ? Vous parlez de Kundera, de Victor Hugo au début du livre. La musique est très présente aussi dans votre œuvre. Vous écrivez en écoutant de la musique ?

Faïza Soulé Youssouf : Je ne sais pas si je peux parler d’influences littéraires. Cependant, j’ai commencé à lire très jeune. Mes premiers voyages ont commencé avec les mots. De la Comtesse de Ségur à Zola, en passant par les bandes dessinées, je lisais tout ce que je trouvais. Et cela dépendait de ce qu’il y avait à l’Alliance française. Maintenant, j’aime beaucoup ce qu’écrivent Amélie Nothomb, Anna Gavalda. J’ai beaucoup aimé L’insoutenable légèreté de l’être de Kundera. J’ai lu de tout. Je suppose que toutes ces lectures m’ont forgée. Pour ce qui est de la musique, cela dépend de mon humeur du moment. Je peux écrire avec de la musique plein les oreilles et parfois le moindre bruit coupe mon inspiration. Il faut juste que je sois dans ma bulle. Que personne ne me parle. Que je sois seule au monde.

PROJECT-ILES : On remarque que vous innovez dans le choix des thèmes, c’est une forme de rupture avec ce qu’on a l’habitude de lire dans la littérature comorienne. C’est-à-dire que ce n’est pas un roman identitaire. Est-ce que c’est conscient ?

Faïza Soulé Youssouf : Non, pour la simple raison que j’ai écrit sans savoir de quoi allait parler mon roman. J’écrivais comme ça venait et ça a donné Ghizza. Ce n’est pas un roman identitaire, dites-vous ? Peut-être. Pourtant, j’ai l’impression que le thème identitaire est partout. Ceci étant, je redécouvre mon roman à travers les critiques que je lis. Comme une première fois. Chacun l’explique à sa manière. Je pense que c’est très bien. Je me rappelle qu’au début, quand on me demandait de quoi Ghizza parlait, je ne savais pas quoi répondre.

PROJECT-ILES : Avec ce premier roman, vous avez quelque part complètement tourné le dos aux thèmes courants des romanciers comoriens (le colonialisme, la politique, la migration, l’exil). Est-ce une façon de dire qu’il y a d’autres thèmes possibles, de montrer, par exemple, qu’il y a des gens qui vivent dans ce pays, des gens qui ont d’autres préoccupations que celles identitaires, politiques, anticoloniales ? C’est ce qu’on ressent à la sortie de ce roman. Est-ce que vous partagez ce point de vue ?

Faïza Soulé Youssouf : Je me dis que tout a été dit à ce sujet. Je suis née 10 ans après l’accession du pays à l’indépendance. A mes 4 ans, Ahmed Abdallah Abdérémane est assassiné. A mes 10 ans, Saïd Mohamed Djohar est exilé à La Réunion. Je n’ai pas vraiment vécu les péripéties de notre jeune histoire. Les mercenaires, je ne connais pas dans le sens où j’étais jeune à l’époque où ils régnaient. Je me dis qu’il est normal que ce qui m’inspire aujourd’hui n’ait rien à voir. Pour répondre à votre question, je pense qu’il y a d’autres thèmes possibles. Il y a tellement de sujets à traiter. Il n’y a qu’à ouvrir les yeux, à tendre l’oreille. Les sujets sont là, à notre portée. Des sujets que nous partageons peut-être avec d’autres peuples du monde. La mer, cet océan qui nous entoure, n’a jamais été une barrière. J’ai toujours voulu savoir ce qu’il y avait de l’autre côté. De quelles façons ces peuples vivaient ? En quoi nous étions égaux, différents ? Je crois en l’humain, peu importe sa religion, ses croyances. A mon grand regret, la tolérance qui prévalait ici s’effrite dangereusement.

PROJECT-ILES : Nous trouvons que le procès en sorcellerie qu’on vous fait sur les scènes de sexe est un mauvais procès. Ce roman est réussi parce qu’il y a une langue, un rythme. Comment analysez-vous toute l’hystérie autour de la très belle scène d’amour sur la plage ?

Faïza Soulé Youssouf : Je n’analyse rien du tout. Je préfère suivre cela de très loin. Au début, je voulais savoir ce qui se disait et ensuite, je me suis dit que ça n’en valait pas la peine. Résumer plus d’une centaine de pages à la scène de sexe qui se déroule à la plage est extrêmement réducteur, à mon avis. J’en ai tellement entendu à ce sujet, qu’à un moment j’ai eu un peu peur. Ensuite, je me suis dit, c’est la vie et c’est comme cela. Je disais à mes amis que « les détracteurs » oublieront mon roman et passeront au sujet favori des Comoriens : l’article 13 de la constitution. Et je pense que j’avais un peu raison.

PROJECT-ILES : Dans Ghizza, le portrait que vous peignez de la mère de la narratrice est assez peu flatteur. Cette mère qui ne sait pas communiquer avec sa fille, qui échange des textos, qui fuit son regard, qui sursaute quand sa fille lui murmure un bonjour. Qu’est-ce que vous aviez voulu dire à travers ce portrait ? Le portrait des tantes non plus n’est pas très positif. On a le sentiment, à vous lire, que ce roman montre que les femmes ne savent plus parler, elles n’inspirent que du dégoût. Et en même temps, les hommes sont l’objet d’une quête, d’un amour : le très grand amour de la narratrice pour le père disparu trop tôt, et la quête d’amour, la recherche d’un réconfort et du plaisir charnel chez les amants. Comment expliquez-vous ce déséquilibre ?

Faïza Soulé Youssouf : Complexe d’Œdipe peut-être ? La recherche de ce père disparu ? L’héroïne idéalisait son père, ce qui fait que personne ne lui arrivait à la cheville. Face à cela, il y a une mère avec laquelle elle ne s’entend pas, des tantes qui ne la comprennent pas. Une fille qui ne se reconnaît pas dans les valeurs promues par la société dans laquelle elle vit. Peut-être que s’il y avait eu d’autres femmes dans ce roman, elles n’auraient pas eu forcément le mauvais rôle. En réalité, la femme n’a pas le mauvais rôle dans ce pays. Elle est une source sûre, un pilier, dommage qu’elle n’ait pas assez confiance en elle, qu’elle ne puisse pas se libérer de ses chaînes pour voler de ses propres ailes.

PROJECT-ILES : Il y a un trouble qui se crée avec le père, surtout que ce roman, c’est aussi la recherche du père perdu. La claque, c’est que le père s’avère ne pas être le père. Et elle ne l’apprend qu’à sa mort. Quel déchirement ! Et puis, ce père dont elle a partagé le lit jusqu’à ses 15 ans, provoquant une jalousie féroce de la mère. Qu’est-ce qu’il faut entrevoir ? L’inceste que vous ne nommez jamais ?

Faïza Soulé Youssouf : Je vous laisse deviner. Je ne peux pas répondre à cette question pour la simple raison que je ne suis pas dans la tête de Ghizza. Mais, au-delà, ce qui est dommage, c’est le fait qu’un père renie la fille qu’il a élevée à cause d’une histoire de semence. Ça arrive souvent et c’est dommage. L’enfant est une victime et rien d’autre. Ce qui se passe entre les adultes devrait rester entre eux.

PROJECT-ILES : Votre roman est aussi un roman d’amour, même si c’est la dépression que vous semblez décrire tout le long. C’est vraiment le besoin d’amour le leitmotiv de ce roman en creux ?

Faïza Soulé Youssouf : L’héroïne a une folle envie d’être aimée, un besoin constant d’attention qu’elle n’a pas. C’est un roman d’amour, peut-être bien. Mais plus que l’amour, ce roman est, je crois, un hymne à la vie et à la liberté. L’envie d’exister par elle-même est tellement forte que Ghizza en devient presque folle. Elle erre dans les cimetières à la recherche d’un peu de paix et d’amour. Elle fuit la compagnie des hommes et recherche celle des morts.

PROJECT-ILES : « Hymne à la vie et à la liberté », dites-vous ? Mais, finalement, le roman montre que la vie et la liberté ne sont possibles que dans et par la folie. Comment expliquez-vous cela ?

Faïza Soulé Youssouf : La société dans laquelle évolue l’héroïne est profondément basée sur l’ordre établi, laquelle étouffe toute forme d’individualité. Les habitants doivent tous se ressembler et obéir aux mêmes codes. Les personnes qui peuvent ou veulent faire fi de cela sont considérées comme marginales. Et être « marginal » en nos pays implique une certaine folie. Ou même une folie certaine, c’est selon. Maintenant s’il nous faut être fous ou considérés comme tels afin de réaliser nos rêves ou d’être ce que nous avons envie d’être et non ce que l’on attend de nous, alors, osons la folie !

PROJECT-ILES : Au final, cette narratrice est-elle folle ? Pourquoi ce choix d’une figure marginale, pour dénoncer, pour défier un ordre ?

Faïza Soulé Youssouf : Je pense qu’elle est folle, ou fait semblant de l’être. Ou alors pas folle mais profondément déprimée, pour ne pas dire dépressive. Concernant la figure marginale, je pense avoir répondu plus haut.

PROJECT-ILES : On constate tout au long du roman la récurrence de la formule « je me roule en boule ». Des détails qui ont échappé à la relecture ou c’était voulu ?

Faïza Soulé Youssouf : Non, c’était voulu. Une manière de montrer et de démontrer la solitude de l’héroïne.

PROJECT-ILES : On note, par ailleurs, de très belles scènes, notamment quand la narratrice se rend dans ce palais désaffecté, quand elle évoque ses rêveries. Et puis, cette scène très belle de la cigarette sur fond de coucher de soleil, l’une des plus belles de ce roman. Ce qui fait dire que vous êtes vraiment une romancière. Le souci du détail fait vraiment partie de votre technique d’écriture ?

Faïza Soulé Youssouf : En tant que journaliste, surtout lors de mes reportages, j’ai l’habitude de dire que le diable se cache dans les détails. Je note tout. Frénétiquement. En tant que romancière, je ne sais pas. Tout dépend de l’inspiration du moment. J’ai beaucoup aimé aussi la scène du palais. Ce palais existe, en réalité, je l’aime vraiment beaucoup. Il est en train de tomber en ruine. Il est déjà en ruine. Une façon aussi de lui rendre hommage. Laissez-moi le temps finir mon deuxième roman, ainsi, vous saurez si le souci du détail fait vraiment partie de ma technique d’écriture.

PROJECT-ILES : Vous disiez plus haut que ce qui vous inspire aujourd’hui n’a rien à voir avec les préoccupations de vos prédécesseurs. Mais quel(s) sens prend l’acte d’écrire pour vous, jeune femme, comorienne, indianocéane ?

Faïza Soulé Youssouf : Non que cela n’ait rien à voir, mais nos prédécesseurs ont connu l’oppression coloniale et l’indépendance qui l’a suivie. Moi, je suis née « libre ». Et ils sont donc plus à même de raconter des histoires liées à tout cela. Je ne pense même pas que je me considère indianocéane, région que je connais finalement très peu. En tout cas, je ne me suis jamais identifiée comme telle.

En tant que comorienne et en tant que femme du monde (un archipel peut très vite devenir un carcan, cela dit, la mer a toujours été une invitation au rêve et à l’évasion), l’écriture m’a toujours permise de me libérer, depuis très jeune. Je suis quelqu’un d’émotionnel. Chaque chose peut m’inspirer une histoire, aussi infime soit-elle ; écrire me permet de m’affirmer en tant qu’individu et non en tant que femme. J’existe par l’écriture, qui a été, à plusieurs moments, salvatrice pour moi. Je suppose que ce sont les mêmes raisons qui m’ont poussée à être journaliste aujourd’hui. Je crois en la magie des mots. En leur puissance aussi.

PROJECT-ILES : Nous savons que vous n’en êtes pas à votre coup d’essai, que vous avez des cahiers remplis de textes inédits. Est-ce que vous travaillez à la publication d’un roman ? Est-ce que vous souhaitez nous en dire un mot ? Est-ce la suite de Ghizza ? Va-t-on retrouver votre héroïne dans votre prochaine publication ?

Faïza Soulé Youssouf : Je travaille sur un roman même si ce n’est pas à un rythme soutenu. Il me faudrait mieux m’organiser, mon boulot de journaliste me prenant trop de temps. Ce ne sera pas une suite de Ghizza. L’idée d’en faire une suite m’a effleurée. Mais ce ne sera pas pour le moment. Tout ce que je peux vous dire, c’est que la mort y sera présente. Elle m’obsède et je me rends compte que je ne peux rien écrire de joyeux.

Le malheur m’inspire plus et ce depuis le lycée. Je dis malheur – c’est sans doute un bien grand mot – mais j’ai toujours eu avec moi, j’ai toujours porté une douce mélancolie au mieux. Sinon, c’est quelque chose d’obscur qui peut me pousser à rester enfermée dans ma chambre, toute lumière éteinte. Seul mon boulot me permet de tenir, je pense. Parce que l’écriture a toujours permis de me libérer, j’ai presque envie de dire qu’elle m’a sauvée. Que j’écrive des textes, un roman, des poèmes ou des articles de journaux.

Pour en revenir donc à ma prochaine publication, la mort y aura une part centrale. J’aimerai me voir mourir et pouvoir le raconter. Quel paradoxe.

Maintenant, au-delà de cela, mon premier roman, qui a suscité la polémique, m’a fait un peu peur. Est-ce que je dois me censurer ? Ou laisser libre cours à mon inspiration ? Est-ce que je dois, en écrivant, prendre en compte la société bien-pensante, la norme ? Dois-je être un écrivain « normal » ? Ai-je envie de l’être ? Ces questions me taraudent et je n’y ai pas encore trouvé de réponse. J’ai envie de croire que je me laisserais aller. J’espère que ce serait le cas. Sinon, je pense que ce serait grave. Ce pays est tellement violent qu’il me fait parfois peur. La violence n’est pas physique. Elle est plus subtile. Plus pernicieuse. Mais elle est là.

Propos recueillis par

Nassuf DJAILANI et Soidiki Assibatu.

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