« c’est à Douala justement, qu’est née ma fascination pour le Vietnam, l’histoire de ce peuple, sa résistance, sa résilience »

REceptionPrixLouisGuilloux

Diên Biên Phù du poète slameur et romancier Marc-Alexandre Oho Bambe vient d’être couronné par le Prix Louis Guilloux. Un texte original qui mêle poésie et prose sur une histoire d’amour entre le Vietnam et la France. « Vingt ans après Diên Biên Phù, Alexandre, un ancien soldat français, revient au Viêtnam sur les traces de la « fille au visage lune » qu’il a follement aimée. L’horreur et l’absurdité de la guerre étaient vite apparues à l’engagé mal marié et désorienté qui avait cédé à la propagande du ministère. Au cœur de l’enfer, il rencontra les deux êtres qui le révélèrent à lui-même et modelèrent l’homme épris de justice et le journaliste militant pour les indépendances qu’il allait devenir : Maï Lan, qu’il n’oubliera jamais, et Alassane Diop, son camarade de régiment sénégalais, qui lui sauva la vie. »

Né en 1976 à Douala au Cameroun, Marc Alexandre Oho Bambe, adopte Capitaine Alexandre, comme nom de scène. En hommage à René Char sans doute, qu’il affectionne par ailleurs. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie publiés chez La Cheminante (Le chant des possibles, 2014 ; Ci-gît mon cœur, 2018) et de l’essai poétique Résidents de la République (2016).

Créé en 1983 par le département des Côtes-d’Armor, le prix Louis-Guilloux est décerné chaque année à une œuvre de langue française ayant une « dimension humaine d’une pensée généreuse, refusant tout manichéisme, tout sacrifice de l’individu au profit d’abstractions idéologiques » dans l’esprit de Louis Guilloux, né et mort à Saint-Brieuc (1899-1980).

L’écrivain revient pour la revue PROJECT-ILES sur ce beau roman couronné de succès.

PROJECT-ILES : Est-ce que vous pourriez nous raconter la naissance de ce très beau roman Diên Biên Phù ? Comment vous est venue cette histoire d’amour entre ce soldat et cette jeune femme ? Une histoire entendue ?

Marc-Alexandre Oho Bambe : Depuis longtemps j’avais envie de raconter une histoire d’amour au long cours, et tenir cette promesse faite à moi-même à l’âge de 16 ans : devenir écrivain et toucher à tous les genres littéraires.

Je rêvais de devenir écrivain. Cinq livres plus tard (trois recueils de poème, un essai et ce premier roman), je rêve toujours de devenir un écrivain, même si je me sens à ma juste place, sur ce chemin d’écriture que je trace depuis Douala où j’ai poussé mon premier cri … de poésie.

Et c’est à Douala justement, qu’est née ma fascination pour le Vietnam, l’histoire de ce peuple, sa résistance, sa résilience et ma fascination aussi pour ces trois syllabes, qui claquent, résonnent fort en moi et forment le titre de mon livre « Diên Biên Phù ».

Questionner le sentiment amoureux dans toute sa complexité, l’amour en temps de guerre, l’amour dont on ne se relève pas et qui nous élève vers nous-mêmes, aborder la colonisation et les luttes de décolonisation, chanter l’amitié qui peut sauver et réparer les êtres, mon roman est né de ces envies mêlées et d’une urgence à écrire et dire ce texte qui me manquait, et me hantait.

PROJECT-ILES : Pourquoi cette construction alternant prose et poésie ? On sait que vous venez du slam, est-ce que c’est riche de ce genre, de cette pratique que vous avez composé ce roman ?

Marc-Alexandre Oho Bambe : La construction alternant prose et poésie était évidente pour moi, dès le départ. On ne peut dire, ni chanter l’amour sans poésie. Et la poésie qui est rythme, tempo, musique de mots, traverse mon roman, pour donner à ressentir toute la force des sentiments de mon narrateur, Alexandre.

PROJECT-ILES : Aviez-vous besoin de vous rendre sur place pour décrire magnifiquement les lieux de rendez-vous ? Vous vous y êtes-vous rendus d’ailleurs avant, pendant, ou après l’écriture du roman ? Ou est-ce que vous avez laissé parler votre imaginaire ?

Marc-Alexandre Oho Bambe : J’ai laissé parler mon imaginaire, et me suis souvenu de mes prochains voyages au Vietnam (rires).

J’étais déjà allé au Vietnam. Ceci dit, mon voyage n’avait pas vocation à m’aider à accoucher d’un roman qui se déroulerait dans ce pays, mais naturellement quand j’ai commencé à écrire mon histoire, je me suis servi de ce que j’avais vu, senti, ressenti, entendu, tout ce qui m’avait troublé, touché, interpellé pendant mon séjour sur place.

Étrangement, j’avais le sentiment de devoir quelques chose à cette guerre : l’homme que j’étais devenu et quelques-unes des rencontres les plus déterminantes de ma vie.
Étrangement, j’avais trouvé la clef de mon existence, l’amour grand et l’amitié inconditionnelle.
En temps de guerre.
Au milieu de tant de morts, tant de destins brisés.

PROJECT-ILES : Qu’est-ce qui a séduit l’éditrice Sabine Wespieser dans ce projet ? D’ailleurs comment avez-vous travaillé ? Le texte est-il arrivé par La Poste, comme on a coutume de dire ?

Marc-Alexandre Oho Bambe : Je ne peux pas répondre à la place de mon éditrice, mais je suis heureux qu’elle ait cru à ce texte, assez pour l’accueillir dans sa maison d’édition. Et non, le texte n’est pas arrivé par la poste, je n’ai jamais envoyé de textes par la poste. Et ce n’est pas une question de confiance envers les services postaux (rires), mais je crois aux rencontres. Humaines. Et chacun de mes éditeurs, Sylvie Darreau (La Cheminante), Rodney Saint Eloi (Mémoire d’encrier), Sabine Wespieser est avant tout une rencontre. Humaine.

PROJECT-ILES : Votre roman vient d’être couronné par le Prix Louis Guilloux, que représente ce prix pour vous ? D’ailleurs, vous attendiez-vous à être distingué par ce prix-là pour ce texte ? Et éprouvez-vous une fierté supplémentaire compte tenu du jury du Prix ?

Marc-Alexandre Oho Bambe : Je me reconnais assez dans cette phrase-étincelle de Louis Guilloux, ami proche d’Albert Camus, professeur d’espérance : « Je n’ai d’autre morale que l’amour de la vie… » je suis donc très heureux d’être lauréat du Prix Louis Guilloux 2018, et honoré aussi. Non je ne m’attendais pas à ce prix, d’ailleurs ce serait prétentieux non, de s’attendre à un prix. On peut en espérer parfois mais s’y attendre, me paraîtrait un peu osé, voire déplacé (rires).

PROJECT-ILES : Ce texte va-t-il être traduit au Vietnam ? Avez-vous déjà des contacts sérieux ? Y a-t-il d’autres traductions prévues dans une autre langue ?

Marc-Alexandre Oho Bambe : Je l’espère, oui. J’en serai bouleversé, je pense. J’aurais le bonheur de me rendre au Vietnam au printemps prochain, pour dire ce texte sur scène et le partager là-bas.

Propos recueillis par Nassuf Djailani

 

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