« Beaucoup de femmes se sont vues, ou se voient en partie, dans Binta et elle aurait tout aussi bien pu être réelle. », Abubakar Adam Ibrahim.

EDINBURGH, SCOTLAND – AUGUST 14: Nigerian novelist and writer Abubakar Adam Ibrahim attends a photocall during the annual Edinburgh International Book Festival at Charlotte Square Gardens on August 14, 2017 in Edinburgh, Scotland. (Photo by Roberto Ricciuti/Getty Images)

Abubakar Adam Ibrahim est sans doute l’une des grandes révélations de cette rentrée littéraire 2018. Originaire du Nord du Nigéria, son nom est apparu dans la première sélection du Prix Femina, finalement attribué à Philippe Lançon, pour son roman Le lambeau (Gallimard). La Saison des fleurs de flamme publié en France aux éditions de l’Observatoire a été saluée par la critique, à raison. C’est le récit des corps et des sens, Abubakar Adam Ibrahim peint une mosaïque de personnages complexes dans une société gangrenée par la haine. L’amour, trouble qui affleure l’héroïne et son agresseur semble vouloir déjouer cette morbidité à l’oeuvre. Un très beau roman qui vous marque longtemps après l’avoir refermé. Le texte est dans une belle traduction de l’anglais (Nigéria) par Marc Amfreville. Il a d’ailleurs reçu le prix NLNG Nigeria Prize for Literature. Un roman dense qui donne à voir une société musulmane, celle du Nord du Nigéria avec le regard d’un romancier sensible au sort réservée à la femme. Un roman iconoclaste.

Il a accordé à la revue PROJECT-ILES l’entretien qui suit, alors que son roman était dans la première sélection en France du Prix Femina et du prix Fnac 2018.

PROJECT-ILES : Pourcommencer, est-ce que vous pourriez nous parler de vous ? Où êtes-vous né ?De quelle partie du Nigéria vous êtes originaire ?

Abubakar Adam Ibrahim : Je suis né à Jos, au centre du Nigeria et c’est un endroit qui m’est cher. Même si je vis à Abuja depuis dix ans maintenant, je rêve encore de Jos et mes personnages sont conçus d’abord avec Jos dans mon esprit. J’ai une relation étrange avec cet endroit.

PROJECT-ILES : Vous êtes toujours journaliste dans votre pays, n’est-ce pas ? Pour quel journal travaillez-vous ? Sur quel sujet écrivez-vous ? Que préférez-vous dans le journalisme ? Et Quel genre de journalisme pratiquez-vous ?

Abubakar Adam Ibrahim : Je suis journaliste et j’écris pour le Daily Trust, une des plus grandes publications tu pays. J’écrivais beaucoup sur les arts et la culture, mais maintenant comme Editeur d’articles choisis, j’écris sur tout sujet et commissionne nos correspondants à travers le pays pour écrire des textes. Mais j’aime écrire sur les traumatismes, leur influence et le fait qu’ils ne reçoivent pas l’attention qu’ils méritent. 

PROJECT-ILES : Quelle est la situation pour la presse au Nigéria ? La liberté d’expression est-elle respectée, malgré le contexte politique ? 

Abubakar Adam Ibrahim : La presse a toujours bénéficié d’un certain niveau de liberté même durant les jours sombres de la dictature militaire, en comparaison avec d’autres pays dans des situations identiques. Oui, il y a toujours des cas de journalistes emprisonnés, comme le journaliste qui a été détenu pendant deux ans sans procès, mais ceci n’a pas empêché les journalistes d’exercer leur métier et d’essayer de tenir les dirigeants comme responsables. 

Sur l’écriture

PROJECT-ILES : Saison n’est pas votre premier roman, n’est-ce pas ? Qu’écriviez-vous avant ? des nouvelles ? des poèmes ? des essais ?

Abubakar Adam Ibrahim : J’ai fait de tout en fait. Mon premier prix d’écriture a été pour une pièce radiophonique. Mon premier livre était un recueil de nouvelles intitule « The Whispering Trees ». Et j’ai récemment gagné un prix pour une pièce créative de non fiction.

PROJECT-ILES : Combien detemps pour écrire La Saison ?

Abubakar Adam Ibrahim : En tout, je dirais quatre ans depuis le premier mot jusqu’à la publication. Cela m’a pris deux ans pour écrire une première version. Les réécritures et corrections ont pris deux autres années.

PROJECT-ILES : Parlez-nous de vos influences ? Du pays, Afrique, du monde ?

Abubakar Adam Ibrahim : Tout ce que je lis m’influence, parfois positivement, parfois pour la raison opposée.Je ne sais pas à quel point on peut être influencé, mais je trouve les travaux d’écrivains comme Cyprian Ekwensi vraiment intéressants. Naguib Mahfouz aussi àun certain niveau, Michael Ondaatje et Gabriel Garcia Marquez entre autres.

PROJECT-ILES : Est-ce que le personnage de Binta s’inspire de la vie réelle ? Pourriez-vous expliquer comment ce personnage vous est venu ?

Abubakar Adam Ibrahim : Bintaest complètement fictive. Elle existe seulement dans ma tête et n’est inspiréede personne. Mais beaucoup de femmes se sont vues, ou se voient en partie, dansBinta et elle aurait tout aussi bien pu être réelle. Une femme m’a appelél’autre jour et jure qu’elle avait vu Reza récemment à Jos. Mais cespersonnages existent uniquement dans le livre.

PROJECT-ILES : L’amour et la haine sont apparemment les sujets de votre roman. Est-ce que la haine a transformé le pays et plus précisément le Nord ?

Abubakar Adam Ibrahim : La haine dans ce contexte est un produit de l’accumulation de frustration. Elle ne vise pas certaines personnes pour ce qu’on pense qu’elles ont fait, mais elle est un produit d’un système qui a échoué, d’une société qui a échoué et qui foule la justice aux pieds. Alors le ressentiment, la frustration grandit et les gens trouvent des moyens de les exprimer. Le politique devient personnel et le personnel devient politique et vous avez des émeutes, des tueries et l’effondrement de la loi et de l’ordre.

La réception de vos œuvres

PROJECT-ILES : Vous aviez été en course pour le Prix Femina en France (finalement attribué le 5 novembre à Philippe Lançon, pour Le lambeau). Comment avez-vous réagi en l’apprenant ? (NDLR : cet entretien a été réalisé avant l’attribution du Prix Femina, le 5 novembre 2018.)

Abubakar Adam Ibrahim : Desnouvelles passionnantes. Je n’ai réalisé l’importance du prix que lorsque j’aivu l’excitation de mes éditeurs et de ceux très familiers avec le monde littérairefrançais. Je suis heureux que le livre soit considéré pour le prix et particulièrementheureux que mes éditeurs aient cru en mon livre.

PROJECT-ILES : Quelle a été la réaction après la publication de Saison au Nigéria ? Et comment vous jugent-ils maintenant que vous êtes publié à l’étranger ?

Abubakar Adam Ibrahim : Les gens étaient très contents de lire une histoire qui parle d’eux et qui leur parle. Beaucoup se reconnaissent dans les personnages et dans l’histoire et cela veut dire beaucoup pour eux. Depuis la publication, le livre a inspiré beaucoup de conversations sur les problèmes divers et l’écho de l’histoire ailleurs, en Europe et en Asie. Ceci est une preuve de notre humanité collective et de nos expériences communes, sans considération de race, langage, culture ou religion. Pour moi, c’est le triomphe de la littérature.

Propos recueillis par Nassuf Djailani,

un entretien traduit de l’Anglais(Nigeria)

par Mialy Andriamananjara

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Le Grand Prix de traduction de la Ville d’Arles 2018 à Elisabeth Monteiro Rodrigues

Les traducteurs et traductrices sont ces passeurs qui sont trop souvent laissés dans l’ombre. Cette ombre parfois imposante de l’écrivain démiurge. Mais arrive parfois que le sort fasse bien les choses et rétablisse un peu de « justice ». Un peu de lumière pour ces créateurs, et créatrices de passerelles avec la magie de la langue, des langues. Justement, Elisabeth Monteiro Rodrigues vient de remporter le Grand Prix de traduction de la Ville d’Arles 2018, pour sa traduction du portugais des nouvelles du romancier, poète et homme de théâtre Valério Romão, De la famille, paru dans la très belle maison d’édition Michel Chandeigne, en 2018. Ses traductions ont été plusieurs fois remarquées par le jury et ont contribué à révéler de nombreux auteurs en France tels que Mia Couto et Valério Romão.

Depuis 1995, le Grand prix de traduction de la Ville d’Arles (http://www.atlf.org/grand-prix-de-traduction-de-la-ville-darles-2018/), récompense la traduction d’une œuvre de fiction contemporaine remarquable par sa qualité et les difficultés qu’elle a su surmonter. Ce prix est doté de 3500 € par la ville d’Arles.

Elisabeth Monteiro avait accordé un entretien à la revue PROJECT-ILES en 2015, dans le cadre d’un numéro sur la littérature mozambicaine, avec un dossier consacré à l’œuvre du romancier mozambicain Mia Couto. Le dernier texte qu’elle a traduit s’intitule : Histoires rêvérées[1].

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PROJECT-ILES : Vous traduisez l’œuvre de Mia Couto depuis une dizaine d’années ? Comment aborde-t-on la traduction d’un livre de Mia Couto ?

Elisabeth Monteiro Rodrigues : Sa lecture en portugais rayonne d’une beauté saisissante, la beauté de la langue et des voies qu’elle emprunte. Tour à tour drôle, bouleversante, poétique, elle nous entraîne sur des chemins mystérieux et inattendus. Elle nous enjoint de nous débarrasser de nos idées préconçues afin de nous laisser pénétrer par l’Autre Côté, l’autre pays. Nous voilà conviés à un voyage et c’est ce voyage dans la langue que j’éprouve toujours en premier lieu. Le voyage achevé, les images et les métaphores prennent corps, comme autant de voix qui s’inscrivent durablement en moi et que je ferai entendre au lecteur.

Ensuite il se passe un ou deux mois, parfois davantage, afin que le texte s’imprègne en moi. Je travaille par couches, je réalise au moins trois versions de ma traduction : la première je la veux comme un calque de l’original, une sorte de langue à mi-chemin, entre le portugais et le français, la deuxième aborde la rive du français et enfin la troisième, je l’espère, aura accompli son voyage. Je pense souvent à la rumination médiévale, «ingurgiter» le texte afin de le laisser cheminer en moi et en déplier le sens.

PROJECT-ILES : Quelles sont les principales difficultés liées à la traduction des romans et des nouvelles de Mia Couto

Elisabeth Monteiro Rodrigues : Il y a d’abord ce mélange savamment orchestré de registres de langue. Les romans de Mia Couto s’articulent autour d’un narrateur qui donne la parole à différents personnages qui nous restituent leur histoire. La tâche première est donc de faire entendre cette multiplicité de voix dans leur singularité. À quoi vient s’ajouter la prégnance des métaphores ancrées dans les quatre éléments et dans le monde végétal et animal. Et il y a bien sûr les créations lexicales, les mots valises, les proverbes fixés ou détournés, les jeux de mots que l’on retrouve abondamment dans Tombe, tombe au fond de l’eau, Le dernier vol du flamant, Le fil des missangas, Poisons de dieu, remèdes du diable ou dans La pluie ébahie. Je peux alors passer des jours et des jours sur un mot, une expression etc…, jusqu’à ce que je trouve en créant un mot en français, en utilisant des archaïsmes ou en détournant l’emploi sémantique ou grammatical des mots en français. Et si cela ne fonctionne pas, apparaît forcé ou artificiel, il me faudra alors faire l’expérience de la perte et du deuil, j’aurai alors recours à la compensation en glissant ailleurs une création : j’ai ainsi par exemple utilisé le mot illuné rencontré chez Rimbaud pour traduire un mot portugais très courant enluarada (baigné par le clair de lune).

PROJECT-ILES : Et quelles sont les joies ?

Elisabeth Monteiro Rodrigues : Parfois une simple phrase comme dans L’accordeur de silences « Je suis, disons, émigrant d’un lieu sans nom, sans géographie, sans histoire » ou dans La confession de la Lionne « Il fait nuit il n’y a plus d’ombres au monde ».

PROJECT-ILES : Comment décririez-vous le portugais de Mia Couto ?

Elisabeth Monteiro Rodrigues : C’est d’abord du portugais du Portugal et du Brésil – Mia Couto a une grande admiration pour João Guimarães Rosa. C’est bien sûr du portugais du Mozambique, du portugais mâtiné des langues bantoues, mais aussi de l’anglais et de l’afrikaans. La singularité du portugais de Mia Couto tient dans l’utilisation de tous les ressorts de la langue pour créer la langue la plus à même d’incarner la diversité du Mozambique.

PROJECT-ILES : Avez-vous senti une « évolution » dans son écriture ?

Elisabeth Monteiro Rodrigues : L’accordeur de silences marque indubitablement une rupture qui semble se poursuivre avec la Confession de la lionne. Les mots valises, jeux-créations ont quasiment disparu, son écriture est plus «classique». Ce qui me frappe c’est la matière des mots, la puissance des images poétiques convoquées et la musicalité de la phrase. Cette rupture est d’autant plus frappante que je traduis actuellement l’un des premiers livres de Mia Couto, un recueil de nouvelles parues en 1994 dans lequel foisonnent les jeux-créations.

Propos recueillis par Nassuf Djailani

[1] Publié en 1994, c’est un recueil fondamental dans la genèse de l’œuvre de Mia Couto, de son écriture si souvent commentée et de sa filiation avec João Guimarães Rosa. Les néologismes, les idiomatismes, les proverbes détournés, les jeux de mots font ici florès. Autant de singularités que la traduction tente de restituer par des archaïsmes, en détournant l’emploi sémantique ou grammatical des mots, en créant des mots composés ou des néologismes (par la préfixation, suffixation, mots valises et fusion de deux mots), afin de faire entendre le bruissement de la langue.

Big Jim remet le couvert et promet un sacré gueuleton

Les nouvelles en provenance d’Outre-Atlantique ne sont pas très bonnes, c’est le moins que l’on puisse dire. Aux élections des midterms qui ont eu lieu ce mardi 6 novembre aux USA, le parti démocrate a désormais la majorité de la chambre des représentants, tandis que le parti républicain assoit sa domination au Sénat. Pour se consoler de trumpisation des esprits, il faut lire ou relire A Really Big Lunch, ou encore Un sacré gueuleton signé Jim Harrison. Un recueil de 375 pages, traduit pour les éditions Flammarion par Brice Matthieussent. Le sous-titre est savoureux : Manger, Boire et Vivre et le contenu lumineux, parfois caustique, hilarant.

 

Né en 1937 dans le Michigan, aux Etats-Unis, Jim Harrison est décédé dans son sommeil le 26 mars 2016 dans sa maison de Patagonia, en Arizona. Depuis, son départ, sont parues en français ses Dernières nouvelles, ainsi que Le Vieux Saltimbanque, à titre posthume. Ce sacré gueuleton est la dernière publication aux éditions Flammarion, et ça vaut vraiment le détour.

« Tous les lecteurs de Jim Harrison connaissent son appétit vorace pour la bonne chère, les meilleurs vins et autres plaisirs bien terrestres qui irriguent son œuvre. Grâce à ce Sacré gueuleton, même les plus fidèles d’entre eux seront surpris de découvrir l’étendue de ses écrits sur le sujet » prévient son éditeur.

Ulf Andersen Archive - Jim Harrison
FRANCE – SEPTEMBER: Author Jim Harrison poses while in France during September 2002.(Photo by Ulf Andersen/Getty Images)

« Manger » nous dit Jim, « est une course contre la montre. Ce matin, j’ai abattu un énième crotalidé (serpent à sonnettes) près des marches de mon bureau, son corps agité de soubresauts s’effondrant enfin en point d’interrogation. Finis les déjeuners de rongeurs pour ce salopard de républicain dont un parent a tué Rose, mon setter anglais bien-aimé ! J’ai jeté le serpent mort en pâture aux cochons, et la grosse truie, Mary, l’a dévoré avec le plaisir évident d’un homme affamé se régalant d’une assiette de foie gras. Elle m’a souri comme pour me dire : « Merci, nous sommes bien ensemble sur terre. Quand tu dégusteras mes gros jambons, je gambaderai au paradis dans un champ de maïs doux et de melons cantaloups bien mûrs. »

Autre exemple, dans un chapitre intitulé : Critiquer un vin, critiquer un livre (p. 75), l’écrivain revient entre autre sur son expérience, son attitude, face à la critique. C’est plein d’enseignements :

« Dans mon premier article évoquant les critiques oenologique et littéraire, « Comparaisons oiseuses », je me suis énervé sur ces sujets sensibles, et quelques-uns d’entre vous se sont sentis contrariés. Cette réaction rappelle le conte pour enfants, Les Nouveaux Habits de l’empereur. Selon votre religion, seul Jésus, Mahomet ou Bouddha sont sans tache. Tous les autres mortels manquent quand à eux régulièrement de certains vêtements. Un jour qu’enfant je pêchais avec mon père, il m’apprit à ma grande consternation que la reine d’Angleterre allait aux toilettes comme tout le monde. Nous savons qu’Einstein fut parfois un mari infidèle et je me souviens d’un article dont l’auteur écrivait que « Picasso restait insensible aux besoins des femmes ». Même un homme aussi imposant que le président des Etats-Unis est sujet à l’erreur. Au début de ma carrière, mon recueil de nouvelles intitulé Légendes d’automne a été éreinté dans la presse londonienne par le célèbre C.P. Snow. J’ai alors bâillé avant de me rendre à la banque pour y faire un énième dépôt de mes droits d’auteur. Nous craignons le négatif, mais sans lui il n’y a pas de positif ». Le baron de Leicester Charles Percy Snow en prend ainsi pour son grade, et ils sont nombreux ainsi à faire les frais de la verve du Big Jim.

 

Les textes que composent ce recueil, sont rassemblés pour la première fois en un seul volume, ces articles publiés au fil de sa carrière ne se contentent pas de célébrer les plaisirs de la table. Savoureux quand il croque les travers comparés des critiques littéraires et des experts œnologues, féroce quand il brocarde l’affadissement du goût et la nourriture industrielle, Big Jim parle de gastronomie avec la même verve que lorsqu’il évoque la littérature, la politique, l’amour des femmes ou l’amour tout court. En chemin, il déroule des recettes toujours réjouissantes, parfois inattendues, et fait preuve d’un humour dévastateur à l’égard des pisse-vinaigres de tout poil. Parents, amis, écrivains, hommes politiques et personnages de roman se croisent au fil des pages pour composer un autoportrait du gourmand vagabond, une biographie en creux de l’auteur de Dalva, de Légendes d’automne et du Vieux Saltimbanque. Avec ces multiples entrées, ce livre est un véritable festin littéraire qui comblera tous les appétits, grâce notamment aux recettes que glisse l’amoureux des bonnes tables.

 

Passionné par la France, et par sa cuisine, il confie dans un texte qui a donné son titre à ce recueil que : « Si l’on devait m’apprendre que j’allais bientôt passer l’arme à gauche, j’ai souvent pensé que je rejoindrais Lyon pour y manger comme quatre durant un bon mois, après quoi on pourrait me jeter d’une civière dans le Rhône bien-aimé. Peut-être y nagerais-je au fil du courant jusqu’à Arles pour y savourer mon dernier dîner. »

Un sacré gueuleton est un recueil sublime. Les petites formes qui tissent ce recueil sont écrites dans une si belle langue, que l’on ne s’en rassasie pas. Jim, écrit, par ailleurs que le « gourmand est celui qui continue de manger alors qu’il n’a plus faim ». Surtout quand il évoque par exemple, le spectacle éblouissant d’une « jeune femme grimper adroitement l »escalier jusqu’à l’orgue de l’église et se mettre à jouer du Bach si fort que les pierres ont bourdonné sous mon corps ». La scène se passe à Aix-en-Provence, où l’écrivain était de passage.

Un texte à savourer. « Un seul mot d’ordre : être modéré à l’excès », tempère-t-il.

 

Nassuf Djailani

 

Pour poursuivre :